Invité de whiskycircus - Jeudi  21 septembre 2006
Mark Reynier!

Mark Reynier est le "Managing Director" de la distillerie Bruichladdich. Cette interview vidéo a été effectuée dans le cadre du Paris Whisky Live 2006 au Palais Brongniart le 18/09. Mark nous parle de son dernier rejeton, le PC5! Merci M. Reynier.


Invité de whiskycircus -
 Dimanche 27 août 2006
Yves Cosentino!

Yves est tombé dans le fût de whisky dès le début de sa carrière en marketing et il a eu la chance de ne travailler que sur des marques de whisky; et de whiskey dorénavant puisqu'il est actuellement manager en marketing chez Bushmills.

Et pour nous prouver qu'il adore ce breuvage et tous les types de distillation, il nous ouvre ce soir un single grain et un Lowland. Merci Yves!
Voila c’est fait. I have done the deed. Je suis sur le point d’envoyer mon premier billet aux collègues de Whiskycircus. Je suis satisfait parce que même s’ils ne le publient pas, au moins j’aurai tenu parole… même si j’ai pris mon temps. Je devrais être content : une ligne de moins sur ma project list. Mais pour une raison que j’ignore, c’est un léger blues tonight qui me tient compagnie pour cette dégustation… ainsi que 2 bouteilles que j’ai ouvertes spécialement pour l’occasion. Pas des bouteilles d’exception, ni vraiment très rares ni franchement chères, mais que j’avais envie d’ouvrir depuis un petit bout de temps. Voila qui est fait.

Seul. On the night. Girlfriend partie. Derniers drams avant de reprendre sérieusement l’entraînement pour le marathon la semaine prochaine. Dire Straits (Communiqué) flotte dans l’air chaud. Canicule a Londres. Hyde Park c’est le Kalahari. Le meilleur moment c’est la nuit à la fenêtre, avec un bon verre, un bon disque et des amis avec qui partager tout ça. Manque plus que ces derniers. Donc ambiance légèrement mélancolique. Les freins des trains de banlieue crissent sur les rails.

Je commence par un single grain. Parce que personne n’en parle, a part John Glaser et les Japonais de Nikka avec leur grain de café. Et parce que sans bon grain, pas de bon blend et qu’au fond de moi, je suis un vrai fan de blends. Parce qu’on n’a pas besoin de leur raconter des salades et de les emmener dîner avant de se vautrer avec eux dans le plaisir coupable.

North British single grain 1994 43° (distilled 17/11/1994, bottled 2/11/2005 – embouteillage Signatory Vintage pour LMDW)



Ca me démange un peu de parler d’un whisky qui ne vient pas tout à fait de mon étable comme on dit ici (distillé par North British, qui est une distillerie co-détenue par Diageo, mais embouteillé par SV). Mais je n’ai pas le choix : il n’y a pas d’embouteillage officiel de NB que je connaisse (ou alors en version peut-être non commercialisée, voir sur whiskyfun ici). Alors c’est parti avec ce Signatory.

Couleur : Jaune très pale. Citronnade. A la lumière de mon écran…

Au premier nez, c’est une note très nette - même si légère - de noix de coco. Sucre. Vanille. En arrière-plan, ça picote un peu. Solvant très léger. Note ténue de caoutchouc, bateau de plage gonflable Sévilor, bassine en plastique (j’adore).

Progressivement, la vanille se fait plus huileuse, synthétique. C’est très caractéristique d’un single grain a mon avis - ou d’un bourbon avec les tonnes de caramel, le sirop d’érable et les noix de pécan en moins. Le côté huileux du bois domine, avec beaucoup de sucre.

Passons à notre deuxième candidat. Il s’agit d’un malt distillé et mis en bouteille par les bons soins de mon groupe… qui a décidé de se séparer de cette distillerie il y a quelques années. Voyons donc si on n’aurait pas fait une bêtise.

Bladnoch 10 yo 43° (embouteillage officiel UDV/Diageo – gamme Distillery Malts, alias « Flora & Fauna collection »)



Couleur : Noisette.

Le premier nez est un peu alcooleux, même s’il y a aussi un peu plus de matière ici que dans le NB. Vin blanc très boisé et herbacé (pour moi, un Chardonnay argentin). Citron et beurre. Ben ça alors. Le tout disparaît hyper vite. Dommage. C’est moi ou c’est le whisky ?

Plus de gras au deuxième nez. Avec une petite note organique (poubelle d’hier que l’on vide le jour d’après… un soir d’été). Une note fruitée apparaît au fur et à mesure. Le bois est toujours présent.

C’est étonnant. L’alcool reste toujours plus présent que dans le NB… alors qu’ils titrent tous deux 43 degrés.
 
Je retourne vers le NB pour vérifier. Et j’aime de plus en plus ses notes de caoutchouc Sévilor… désormais il faut aller les chercher plus au fond du verre. Souvenir des mes vacances chez mes grands-parents et la plage en Bretagne quand j’étais petit (quand j’étais plus jeune, en fait. Je ne suis toujours pas très grand).

Si on fait attention, elles tranchent à travers la vanille et le bois en fin d’inspiration. C’est la première fois que je me rends compte de l’étagement des arômes au nez, sur une même inspiration… d’habitude j’y vais plus par petites touches. La c’est marrant d’y aller un peu plus franco.

En bouche, le NB est très fluide. Corps léger. Donne l’impression de s’évaporer immédiatement après avoir avalé la gorgée. Il laisse la bouche très fraîche. Floral et citronné, avec une légère et plaisante amertume immédiatement en fin de bouche : Eau de mélisse des Carmes Boyer, sur un sucre. Très élégant et frais. Comme une eau de vie de fruit, ou une belle vodka (ça me brûle les doigts et m’arrache le cœur de dire ça, mais j’ai pas trouvé mieux).

Entre temps, le Bladnoch s’ouvre doucement, comme l’orchidée sauvage qui orne son étiquette (je suis un vrai fan des packs Flora & Fauna. Peut-être parce que je suis un affreux marketeur, j’ai toujours du mal à acheter un whisky dont je ne trouve pas la bouteille jolie).

Au nez, le côté sucré et parfumé se développe au fur et a mesure. Rose? Comme les Loukoums du haut du placard de la salle à manger, qui pour moi sentaient aussi un peu la peinture fraîche du placard à la maison. Bizarre d’ailleurs parce que je ne me rappelle pas que ce placard ait jamais été peint, ou repeint... mais bon, ce n’est pas plus bizarre que de sentir la noisette ou le praliné dans les gaz d’échappement (pour le diesel uniquement, le super d’antan, c’est encore plus envoûtant… comme la fraise chimique des BN, puissance 10).

Au fur et à mesure, le nez s’amplifie, tout en conservant une jolie fraîcheur. Me rappelle quelque chose d’un Amontillado : touche de sel, sauce de soja et vinaigre balsamique avec une fraîcheur de plateau d’huîtres ouvertes avec les demi-citrons… juste quand on entre dans la cuisine pour faire semblant de vouloir aider le soir du réveillon.

Un peu à court d’inspiration sur le Bladnoch, je reviens sans beaucoup d’attentes vers le North British… aha ! qui me comble avec une note évidente de banane-bonbon. Odeur chimique ; sucrée, jaune et poudreuse. Je sens presque le grain sous la dent et la texture légèrement élastique. Et le jus sucré sur la langue. Comment ai-je pu louper cette note au départ ? C’est tellement évident maintenant.

La seule déception c’est que maintenant le bateau Sévilor s’est dégonflé, ou alors le vent et les vagues l’ont emporté au large. Les bananes Haribo ont gagné la bataille et règnent sans partage dans le verre.

Retour sur Bladnoch. Le nez a pris du muscle et de l’étoffe. Du panache peut être. Hello Cyrano. Pâte d’amande (la rose, pas la verte). Caramel un peu brûlé (le bord du moule a tarte auquel le sucre saupoudré a fait coller la pâte brisée).

En bouche, Highlander est arrivé. Ce Lowland ressemble sinon a Braveheart, au moins à un fier Speysider. Plus boisé qu’il ne l’était au nez. De la mâche – mais pas de salade (j’ai horreur de cette expression en fait, mais je ne recule jamais devant une blague facile).

En finale, de jolies notes boisées et florales. Mais je rame pour leur accrocher un poisson dans le dos avec un nom dessus. M’énerve ça. Sucre sur le bout de la langue. Ensuite un peu d’astringence et un léger picotement. Sympa. Avec un peu d’eau pour finir mon verre, il devient très sucré. Bois parfumé. L’amertume a disparu.

Il me reste un peu de NB pour finir cette session. Avec un peu d’eau, il révèle encore plus de fraîcheur et d’acidité au nez. Devient presque pétillant. Frites acidulées… Décidément ce soir, j’ai du mal à sortir de chez le marchand de bonbons.

PS - Je m'exprime a titre personnel. Les opinions exprimées dans les lignes qui suivent ne sont pas forcément celles de mon employeur. Et je rappelle que le whisky est une source de plaisir tant qu'il est consommé avec moderation."

Invité de whiskycircus -
Lundi 17 juillet 2006
Jean-Marie Putz!

Ah Jean-Marie Putz!! Sans lui la WCircus Krew n'existerai pas, rien que ça. Et oui, c'est le maître des lieux du site Whisky-Distilleries.info, une mine d'informations en français et en anglais. Bien sûr sans oublier le forum du site qui est un passage bien conseillé pour les amateurs de malts francophones.


Glen Mhor Rare Malt 22ans
1979/2001 - 61°


Depuis que j’ai appris par la presse électronique spécialisée que les créateurs de ce désopilant site whiskiesque ne reculaient devant aucun effort pour nous faire découvrir des aspects (heureusement) bien cachés de la science du « blending », j’ai rapidement compris que si je voulais apparaître ici, j’avais intérêt à me dépêcher à produire mes quelques notes de dégustation. Parce que maintenant, non seulement le commun des mortels sait de quoi sont capables ces joyeux lurons, mais en plus tout le monde sait qu’ils font parfois bien peu de cas de leurs pauvres voisines ni de leurs bouteilles d’exception acquises à la sueur de leur front, donc je crains le pire.

Depuis la multiplication des plaintes pour tapage nocturne jusqu’au kidnapping pour leur soutirer leurs bouteilles, j’ai bien peur de les retrouver bientôt en prison, à l’hôpital ou alors quelque part au cœur de la jungle colombienne, bref quelque part d’où ils n’auront plus accès à leur site. Et donc, tant pis pour mon petit article que je leur avais promis (c’était avant leur dernière prouesse, il est vrai). Donc, branle-bas de combat. Laissant joyeusement derrière moi les travaux de jardinage, de nettoyage et de vaisselle, et moins joyeusement ceux de mise à jour de mon site, je me suis décidé à me sacrifier et à déguster un whisky à leur santé, et de le décrire du mieux que je peux ici…

Alors, quel whisky allons-nous choisir ? Difficile !

Procédons avec ordre et méthode. Le whisky vient d’Ecosse, du moins en ce qui concerne le whisky écossais. Ca m’aide déjà beaucoup dans mon choix, puisque je ne possède que des whiskies écossais dont quelques irlandais. Mais je ne sais plus où j’ai mis ces irlandais.
Donc, ma résolution est prise, va pour un écossais. J’ai une bouteille de Grant, mais elle n’est pas ouverte encore. Ici mon côté un peu pingre apparaît (habiter en Hollande et être passionné par l’Ecosse, ça laisse forcément des traces). Je décide de laisser ma bouteille de Grant précieusement dans l’armoire, où elle se repose depuis de nombreuses années maintenant, dans l’attente d’une visite d’un whisky-cocaïnomane qui passerait par un malencontreux hasard à la maison.

Humm … Ecosse. C’est quoi au fond l’Ecosse, à part une collection de montagnes et de lacs. De Ben et de Loch. Comme je ne suis pas trop pour l’escalade, je pense que je vais me tourner vers les lochs.

Qui dit loch écossais pense immédiatement soit au Loch Ness, soit au Loch Lomond. Le premier pour son monstre et le second pour son capitaine Haddock. Nouveau dilemme. Quel choix cornélien, entre un whisky du Loch Ness et celui de ce sympathique marin expert en injures de toutes sortes.  A la réflexion, mieux vaut avoir affaire à un tranquille monstre des profondeurs qu’à un marin excité, des fois qu’ils liraient mon petit article. Ici une fois de plus, on voit quel courage m’habite… Il y a moins de chances d’être lu par un monstre du pléistocène que par un marin acariâtre, donc je choisis le monstre…

Je me rends donc dans ma réserve de bouteilles écossaises à la recherche du « Loch Ness single malt »… Aïe où l’ai-je mis, celui-là ? J’aurais dû choisir le Loch Lomond, parce je sais où il se trouve…

Zut, pas de Loch Ness. Reste à chercher un whisky qui puise son eau dans le célèbre lac, au risque d’y retrouver une contribution dudit monstre. Un whisky brassé dans une eau qui  pourrait contenir du pipi de monstre du Loch Ness… Pas évident à trouver non plus, mais comme il y avait quelques distilleries du côté d’Inverness avant que la crise ne frappe par-là, et je jette donc mon dévolu sur un Glen Mhor (en hommage à une bien agréable soirée en compagnie entre autres d’un détracteur de la technique consistant à mettre de l’eau dans son whisky à Paris il y a juste un an)… Merci Pierre pour m’avoir aidé à arrêter mon choix.
Alors, va pour le Glen Mhor Rare Malts, 22 ans, distillé en 1979 et mis en bouteille en 2001 à 61°.

Le nez est loin d’être discret. Le monstre a du manger beaucoup de fruits ou de fleurs avant de participer à la production d’un tel whisky, où les notes florales le disputent à des notes boisées. Amertume et fraîcheur ne font pas toujours bon ménage, mais c’est pourtant l’impression que me donne ce nez au premier contact.  Reste à le mettre en bouche.

Voilà qui est fait !

Humm ! ici c’est d’abord un peu d’amertume, suivie par une vague de chaleur à faire pâlir la canicule fatale de 2003 (si je me souviens bien) et ensuite tout un monde de goûts qui se développe doucement à l’intérieur du palais.

Il y a des fruits, à la fois des pommes et des prunes, mais aussi des noix d’acajou, tellement j’hésite entre le côté « nutty » et le côté « woody »… Entre le bois et la noix de cajou. Mais toujours très agréablement parfumé.

Bon, voilà que j’ai déjà avalé. C’est vrai que lire les impressions en bouche, ça va tout de même plus vite que de les écrire… Mais j’ai déjà eu le temps de relire tout l’article, et cette impression de chaleur agréable, avec ses relents de noix et de bois, sa douceur maltée et sa force alcoolique sont toujours présents tout autour de ma langue. Vraiment une très bonne bouteille.
Dommage que les distilleries d’Inverness soient fermées. Le monstre peut bien jouir de sa retraite méritée. Il a fait de l’excellent boulot.

Au passage, un grand coup de chapeau au gars de chez Diageo qui a fait cette sélection. Je ne pense pas que tout soit à mettre au crédit de Nessie.

Invité de whiskycircus -
 Mardi 20 juin 2006
Jean-Marie Kovacs!

Jean-Marie ne veut pas parler de ses bébés mais nous, nous ne voyons aucun inconvénient à le faire alors allez faire un tour sur notre commentaire du Laphroaig "One Shot" Jean Boyer! Mais laissons-lui la parole.


Glen Garioch 1975/1990
Collection personnelle
Embouteilleur et importateur, passionné de l’Ecosse, de ses hommes et de son histoire, lorsque Whiskycircus m’a proposé le micro, j’ai choisi de ne pas parler des productions de notre société Jean BOYER, afin que mon intervention ne soit pas interprétée comme une  publicité. Les mauvaises langues diront sans doute que c’est plutôt parce que je n’ai pas pu trouver parmi nos produits un whisky qui vaille le moindre panégyrique. Je ne souhaite pas répondre à cette vile pensée, préférant me draper dans ma dignité et regarder de haut ces malfaisants, à supposer qu’il y en ait.

C’est pour la même raison que j’ai choisi de ne pas faire l’éloge d’un produit de mes concurrents, ni d’ailleurs d’en démolir un, ce qui, vous pensez bien, aurait été à la fois facile et rafraîchissant, et m’aurait permis d’assouvir publiquement la soif de sang et de vengeance qui me brûle les entrailles à l’encontre de ces mécréants qui osent faire le même métier que moi.

Voici donc une petite histoire presque réelle qui met en valeur un whisky vestige du passé qui n’existe plus que chez nous.

Un jour de Juin 1990, arrive devant notre porte un camion qui livrait … deux palettes de Single Malt 1975, de la distillerie Glen Garioch, que nous n’avions pas commandées.
Les papiers que le chauffeur nous présentait mentionnaient « free of charge ». (gratis, en Anglais dans le texte)

Une lettre jointe nous indiquait qu’il s’agissait d’un cadeau de Morisson Bowmore Distillers, qui, connaissant notre goût pour les whiskies de caractère, avait décidé de nous offrir les deux derniers « Hogshead » du millésime 1975 de Glen Garioch qui leurs restaient en stock. Ils nous remerciaient ainsi pour notre travail sur Bowmore en France.

Tandis que jusqu’en 1978, Glen Garioch distillait un whisky tourbé, celui-ci est ensuite devenu  d’un goût classique pour la région, non tourbé par conséquent. On nous offrait une sorte de relique de ce passé où beaucoup de Highlands étaient fumés.

Qui a déjà reçu deux palettes de whisky de malt en cadeau ? Séance tenante, la nouvelle fait le tour des bureaux, et bientôt le camion se trouve encerclé par tout ce qui est en âge de boire dans le secteur. Personne ne voulait manquer une seconde de cet événement insolite.

Nous désignons le plus sobre d’entre nous pour procéder à la vérification de la marchandise, et sortir un échantillon de notre cadeau du véhicule toujours immobilisé.

La bouteille extraite n’était pas étiquetée. On en sort une autre, toujours pas d’étiquette. On ouvre d’autres cartons, aucune bouteille n’est revêtue du morceau de papier réglementaire qui, seul, pouvait garantir l’authenticité du breuvage qui nous était offert. Heureusement que la douane n’avait pas inspecté cette expédition ! (Si vous ne croyez pas, la photo jointe prouve mes dires à l’évidence).

Il ne restait que l’examen gustatif pour juger de la qualité de ces flacons illégaux et de la véracité des documents que le chauffeur nous tendait toujours, commençant à désespérer de pouvoir repartir rapidement, à la fois agacé et intrigué par le délai qu’imposaient ces opérations insolites, et la vingtaine de personnes qui y assistaient. On finit quand même par décharger et laisser partir ce brave homme. Il devenait vital d’éviter les témoins...

Réunion générale ! et dégustation sur le coup de midi. Tant pis pour ce qui était prévu. Primum bibere ! (« d’abord boire ! » : expression qui vaudrait d’être immémoriale et de dater la découverte de l’alambic, mais que j’ai inventé tout à l’heure.)

Il reste quelques bouteilles de ce malt unique. Je vous invite à revivre avec moi la suite de ce jour mémorable, en regoûtant ce qui, vous verrez, est à tout le moins un précieux liquide.

Une lueur de curiosité gourmande aiguisée par l’absence d’étiquettes se lit dans les regards, et, dès que l’homme de service a servi tout le monde (nous sommes 20), chacun se livre à son rythme au cérémonial de la dégustation avec l’appréhension et la ferveur de l’archéologue en extase devant sa dernière trouvaille juste sortie de terre.

Extase ! Une belle couleur à dominante ambrée. Elle semble être celle d’un mélange synergique d’où sortent des rayons furtifs de tonalités contradictoires : orangés, verts, marron clair, jaunes paille. Une couleur concrète. Feuillage d’automne. Elle annonce sans aucun doute un produit terrien et complexe, appelant à la réflexion, une synthèse d’arômes plus qu’un goût.

Le nez très lisse confirme la couleur : de la tourbe, des notes viandées, du coriandre, des fleurs, du chocolat peut être, un je ne sais quoi de rugueux et roboratif. L’odeur évolue et laisse juste percer un vanillé subtil. Des éclats de prune sortent aussi de loin en loin de cet ensemble contradictoire sucré-salé. Mélange de raffinement et de sauvagerie, avec l’odeur austère et presque sulfureuse de la tourbe des Highlands voisinant celle, aérienne et fraîche, de la rose.
 
Devant un phénomène pareil, la curiosité fait place vite place au respect. On se concentre pour ne rien manquer des fragrances qui se bousculent aux narines. La pièce se remplit des fins effluves que le whisky exhale. Petit à petit l’étonnement nous envahit. On sort du réel, l’atmosphère devient quasi-mystique. Les mouches se posent.

Garde à vous ! On met en bouche une noisette de cet esprit de malt. Une attaque franche sur la  viande et la fleur mêlées d’épices laisse place à une puissante note tourbée qui monte progressivement et se développe jusqu’en fin de bouche, à la limite de dominer le reste.
Des impressions exquises mais fugaces de fleurs, de prune et d’épices - muscade, coriandre, une once de chocolat - jouent parmi nos papilles comme se succédaient à nos yeux les reflets colorés de ce whisky. La note viandée essaie de rendre soyeux  cet ensemble indomptable mais finalement très équilibré. Une interminable et vigoureuse finale de tourbe, de muscade et de fleurs met le point d’orgue à cette symphonie.

L’ensemble est clairement un vigoureux produit de la terre, sauvage, rustique, patiné et dompté par un élevage admirablement conduit. De superbes dissonances aromatiques. Une pièce de Georges Gershwin.

On dit que les Highlands d’autrefois étaient tourbés : s’ils étaient comme celui-ci, on attend avec impatience de pouvoir les savourer à nouveau.

Plusieurs distilleries des Highlands ont en effet succombé récemment à la tentation délicieuse de ce retour aux origines par suite de besoins commerciaux certes, mais légitimés – ô combien - par la qualité hors du commun de ce produit du passé.

Faut il donner une note ? je mettrai un sévère 18,5/20, afin de garder un peu de marge pour des millésimes plus anciens de Glen Garioch qui se trouveraient sur le marché, ou encore pour Brora, un autre Highland  vestige produit lui aussi à partir d’orge maltée tourbée. Je suis sûr que Serge ne me démentira pas.

Invité de whiskycircus -
 Mercredi 24 mai 2006
Régis Bourgine Régis Bourgine!

Voilà un passionné, un vrai! Depuis 1985, il déniche ses vins (il est lui-même vigneron) et bien sûr les whiskies qui seront sélectionnés collectivement. C'est aux Caves de Bécon à Courbevoie que Régis et son équipe de professionels vous accueilleront chaleureusement. Merci Régis!

Single Malt Guillon (France - site ici)
46% finition Maury 
Moi, j'aime bien le cochon, pas celui qui se tient mal à table ou qui se comporte comme un goujat en société, mais le vrai cochon, celui qu'on élève et puis qu'on mange ! L'élevage d'abord, doit être traditionnel, en liberté et avec une alimentation variée, le cochon est omnivore, ne pas l'oublier Tout autre forme d'élevage est stressante pour lui, source de pollution pour les nappes phréatiques et les cours d'eau, sans parler de nos narines ! Stress également pour le producteur, pour mémo, cours du porc sur pieds au 18/05/06: 1,141 €/kg, soit une hausse de 0,002 €/dernière cotation. Moyenne sur 12 mois: 1,177. Mais ces chiffres cachent une baisse constante des cours depuis une dizaine d'années. Bref du bon vrai cochon, de chez nous ou du Sud des Pyrénées. 
 
Souvenir ému d'une fesse grillée à Chagny,
Mémoire brûlante d'un boudin tout frais du côté de Lourdes,
Papilles qui salivent en pensant aux tranches de jambon cru de Monsieur Ménini, vers Vic sur Cère, minimum 6 mm d'épaisseur la tranche, sinon "ça se goûte pas",
L'émouvante carte postale que cette journée consacrée au Pieds de cochon, dans sa capitale mondiale,
La belle digestion des tripes cuites sur le poêle à bois pendant une journée, en début de printemps jurassien,
L'image teintée d'émotion de "pépère Fiquet" qui avait fait sa célèbre terrine pour notre venue,
La riche saveur des pâtés des cousines, là haut, aux confins de la Haute Loire, de l'Ardèche et de la Lozère,
Les côtes, dans l'échine attention hein, que je fais griller pour des tablées de 8 à 15 lors de mes séjours de chantiers à Lancié

Bref, moi, c'est le cochon.
Mon esprit d'analyse si connu, mon incessant besoin de replacer les choses dans une perspective historico-sociale, m'ont fait me replonger aux origines de ce lien ,
si courant dans notre pays, entre l'homme et le cochon. Je me suis donc planté devant ma bibliothèque et j'ai décidé de m'attaquer à La Collection référente historiquement : Les aventures d'Astérix le Gaulois ( Editions Dargaud, puis Albert-René ) Ces sangliers omniprésents m'auraient  donné faim si je ne venais de sortir de table, sangliers...... mais c'est bien sur !

Le magnifique sanglier qui orne l'élégante ( enfin pour tonton Marcel et tata Simone hein... ) étiquette du Guillon 46%vol, finition Maury me faisait un appel du groin.
Je verse donc la dose de dégustation propre à soutenir une lecture si ardue, soit environ 3 cl.

Nez de fruits secs, des céréales grillées du petit déjeuner des enfants, de cannelle un peu rance, de poivre blanc avec une touche de bois.
L'attaque est doucereuse, plutôt molle, d'un fruité un peu poussiéreux la bouche est maigre, fuyant sur des notes de seigle, de vodka qui piquent un peu la finale est persistante, sur des notes de roses fanées qu'on retrouve en rétro-olfaction.

Bref, j'avais meilleur souvenir des premiers lots de cette version et je pense maintenant, avec le recul nécessaire à la mise en perspective de l'analyse historique que Panoramix ne l'aurait pas utilisé pour sa potion magique.


Invité de whiskycircus -
Lundi 17 avril 2006
Serge Valentin!

On ne présente plus le membre des MaltManiacs, grand rédacteur de notes de dégustation devant l'éternel. Retrouvez ses commentaires (en anglais) sur son site Whiskyfun. Merci pour ta participation Serge;)

Inchgower 1967/1988
46%, Moon Import 'The Costumes', butt #788, 556 bottles

Sans doute certains s’attendaient-ils à ce que je choisisse un autre malt – par exemple un Brora, un vieux Clynelish ou un Ardbeg – mais j’ai préféré cet Inchgower, ce pour plusieurs raisons. D’abord, Inchgower fait partie de ces distilleries obscures, qui n’attirent que peu l’attention des amateurs. Elle n’est pas sur Islay, n’a pas été réduite au silence lors des vagues de fermeture des années 80, n’est que rarement disponible en embouteillage officiel (gage de notoriété), et est par conséquent loin d’être un « blue chip ». Et pourtant, il y eut de merveilleux Inchgower (et quelques versions pas terrible-terrible, il faut bien l’avouer). Ensuite, cette version a été distillée dans les années 60, et Dieu sait que nombre de malts merveilleux proviennent des années 60. Et puis, l’embouteilleur est Italien, et les Italiens ont joué un rôle fondamental dans l’histoire des single malts, puisqu’ils ont été les premiers, avant les Ecossais eux-mêmes, à chanter les louanges de ce breuvage et à l’importer. Peut-être aussi les premiers à fabriquer des faux, d’ailleurs. Il s’agit aussi d’une version élevée dans d’authentiques fûts de Xérès (sherry), et ces derniers sont en voie de disparition. Et enfin, l’étiquette est superbe, et montrer des costumes d’Indiens sur une étiquette de whisky relève d’un sens de l’innovation quelque peu débridé. Je préfère cela à une tête de cerf, pas vous ? Mais assez de bavardage, dégustons maintenant cet Inchgower, si vous le voulez bien… (désolé de ne vous offrir qu’un plaisir par procuration – et aussi un peu de maltopornographie, version whisky-esque de l’oenopornographie qui sévit dans les clubs de vin et les revues spécialisées du monde entier.)

Couleur : ambre profond – un vrai bijou de grand-mère. Nez : beaucoup de vivacité dès le début, avec un peu de caoutchouc (chambre à air de bicyclette), typique de beaucoup de versions « Xérès ».  Ces notes un peu perturbantes disparaissent cependant rapidement, pour laisser place à des arômes de torréfaction, de fruits secs (gâteau de Noël anglais ou américain) et de chocolat – ne me demandez pas de quelle marque. Notes de praliné chaud, de capuccino, ainsi que des touches fumées assez marquées - Inchgower employait un malt plutôt tourbé à l’époque. Le malt devient ensuite assez viandé, avec des notes de gibier, de sauce soja, de livèche (cette plante qui sent le Maggi mais dont pas un seul gramme n’entre dans la composition), de vinaigre balsamique (le vrai, hein, pas la catastrophe en bouteille que l’on nous vend dans les supermarchés)…
Il s’agit d’un développement très classique pour un très  bon vieux « Xérès ». Arrivent enfin des notes résineuses, de cire d’abeille, de ruche (à vérifier en prenant ses précautions), de cuir fraîchement ciré, d’oranges amères… Vraiment très bon, notamment en raison de ces surprenantes notes fumées.  Bouche : l’attaque est étonnamment aérienne, dénuée de toute lourdeur. Ce n’est pas un sherry falstaffien comme beaucoup d’autres. Certes, il y a beaucoup de marmelade d’orange (de chez Robertson’s !), de fruits confits, de notes de vieux rhum, de fumé, mais aussi quelque chose d’assez vif (sucre glace) pour équilibrer le tout. Arrivent ensuite les notes de poudre de cacao (Van Houten bien sûr), de liqueurs de fruits (Mandarine Impériale), de marrons glacés… Le milieu de bouche est un tout petit peu plus faible, manquant un peu de mâche (rien d’inquiétant cependant)… Et enfin arrivent le classique café, le chocolat à la liqueur, les épices à vin chaud, le gâteau légèrement brûlé… La finale, quant à elle, est plutôt longue, sur les fruits cuits, avec quelque chose de terreux. Elle est relativement asséchante en raison des tannins qui commencent à s’exprimer avec une vigueur toute syndicale (pas de politique !) Pour résumer, il s’agit d’un « sherry monster » très typé oloroso, offrant néanmoins un bel équilibre, un peu dans la lignée des plus anciennes versions du Macallan Gran Reserva. Un style que chacun devrait essayer de découvrir avant qu’il ne disparaisse à tout jamais, englouti par l’action conjuguée des législateurs espagnols, des compteurs de haricots écossais et des tourbophiles du monde entier… Ma note : 90 points (mais il aurait recueilli quelques points de plus si la bouche avait été un peu plus « charnue » et la finale légèrement moins asséchante).

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Un nouveau site sur le whisky… et pour quoi faire ? Y’en a pas assez comme ça ? L’idée a germé dans nos petits cerveaux imbibés de tourbe au cours d’un Brorainstorming acharné. Notre constat : de nombreux dégustateurs amateurs ou professionnels aiment faire part des différents arômes qu’ils retrouvent dans leur whisky ou des sensations que celui-ci leur procure.

Ces commentaires écrits ou oraux sont le plus souvent très sérieux, mais parfois drôles (volontairement ou non…), très imagés, voire carrément poétiques ou franchement intrigants. Leur point commun : quand ils émanent de vrais amoureux du whisky, ils sont toujours le reflet de la passion qui nous anime tous...         ...SUITE
 

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