Trois hommes et un Coffey Grain Lundi 11 septembre 2006
Eeeh merde… Ben voilà, on voulait faire une note de dégust’ amusante sur ce Coffey Grain que nous avons choyé comme des pères...

Mais
voilà, nos papilles n’ont pas voulu qu’il en soit ainsi. Ce Nikka est trop sérieux pour ça. Pain d’épices, glace au café et vanille se marient harmonieusement dans ce whisky d’une grande classe. Pas le moindre débordement sucré, pas le moindre dérapage verni, le travail remarquable des gens de chez Nikka m’a personnellement (fraîchement) coupé l’herbe sous le pied.

Je laisse la parole à mes collègues, mais je crois qu’ils n’ont pas été beaucoup plus inspirés. 18/20 pour Vincent.

Ouaip, un bon whisky de grain, classieux, qui ne manque pas de panache tout en restant sérieux. Notes assez précises de glace au café comme l'a fort justement mentionné Vincent, vous conviendrez qu'il n'y a pas de quoi en rigoler. Finalement, je ne m'en plaindrai pas, je
préfère encore goûter un bon whisky qu'un whisky amusant. Ce fut le cas ici... Benoît.

Bon ok c’est un bon whisky de grain mais faut quand même dire que les 62 gigowatts aident à garder le sourire. Il me rappelle le fond du pot de café liegeois MIKO du vendredi soir de « t’cheu » moi, du gourmand quoi, avec de la vanille effectivement et une pincée de bois. C’est franc et droit, peut-être un peu trop pour moi. Sacha.

La dialectique du Whisky
- Dimanche 27 août 2006
Réponse à Sacha Gosselin sur le Linlithgow 30 ans Signatory Vintage
J’ai enfin pu goûter ce Linlithgow dont Sacha m’a filé un échantillon. Et je dois dire que tant mes propres sensations que la comparaison de celles-ci avec celles de Sacha m’ont inspiré une réflexion sur ce que je n’hésiterais pas à appeler la « dialectique du whisky » (c’est dans le titre, suivez un peu!).

La dégustation du whisky est qualifiée par certains d’art, par d’autres de science, par des troisièmes de « seulement du plaisir » (on devine la dégénérescence du genre humain sous-jacente à cette dernière philosophie…) ; je ne parle même pas de ceux pour qui c’est une simple beuverie. Mais toutes ces manières de présenter les choses relèvent de simplifications extrêmes, visiblement produites par des esprits peu enclins à la réflexion.

E
n réalité, le concept pertinent pour envisager la dégustation du whisky est celui de dialectique (oui, bon, je sais, ça fait un peu marxiste… et alors, pourquoi n’y aurait-il pas une école marxiste de la dégustation du whisky ?). Plus précisément, il s’agit d’une dialectique objectivité/subjectivité, qui interroge le dégustateur au plus profond de son âme, jusqu’à remettre en cause tout ce qu’il croyait solidement établi du fait de l’aliénation dont il est l’objet depuis sa plus tendre enfance (un conditionnement qui commence dès le biberon).

Je vous sens aussi troublés qu’un very cloudy, je vais donc vous démontrer la pertinence de mon propos en m’appuyant sur la dégustation du Linlithgow susmentionné. Sans entrer dans un luxe de détails sur le profil aromatique de ce whisky (Sacha l’a très bien fait), je voudrais aborder l’épineuse question de la notation. J’ai pour ma part longuement hésité et changé plusieurs fois mon fusil d’épaule à ce sujet.

Au cœur de cette hésitation, la dialectique objectivité/subjectivité. D’un côté, une analyse objective du whisky me commandait de lui mettre un bon 18/20 : finesse et complexité se rejoignaient dans une sublimation réciproque qui conféraient indubitablement à ce Lili (pour faire court) le qualificatif de « très beau ». En même temps, une analyse plus subjective m’appelait à baisser cette note à 17,5/20 car le manque de « waouw c’est bon » dont faisait indéniablement preuve ce whisky lui valait pour sa part le qualificatif peu glorieux de « il manque quelque chose ».

Introduisons maintenant un élément extérieur dans ce jeu à deux acteurs : la note de Sacha, à savoir 19/20. Il aurait été facile pour moi de l’écarter au prétexte qu’étant incontestablement subjective, elle relevait de sa propre appréciation et ne pouvait donc être intégrée à ma réflexion.

Mais quand on sait à quel point l’ami Sacha est un Maître-nez, je lui accorde sans souci une certaine dose d’objectivité qui, bien qu’elle semble assez intuitive et sous-jacente à la lecture de son commentaire, n’en est pas moins réelle. Comment dès lors peut-il noter ce whisky 19/20 et moi 17,5/20 (car c’est la note que je lui accordai finalement) alors que l’objectivité semblait présente dans nos deux commentaires ?
Je réfute également l’argument de la différence d’échelle, trop simpliste à mon goût. Pour résoudre ce paradoxe qui se greffe sur ma dialectique initiale, je dois donc maintenant faire appel à un tout nouveau concept que j’ai spécialement construit pour les besoins de ma démonstration, celui de trilectique (de la dialectique à trois, si vous préférez, mais bon comme disait Coluche, déjà qu’à deux c’est dégueulasse…).

Mais comme ce concept est, je le sens, un peu trop compliqué pour vous… et aussi pour moi je l’avoue (là je commence à perdre un peu le fil de ma démonstration…), simplifions. Si une bonne dose d’objectivité nous amène à des conclusions différentes, c’est que le concept même d’objectivité doit être interrogé.
L’objectivité absolue ne semble pas possible, même en se mettant d’accord par avance sur des critères précis. Parce qu’il y a toujours une part d’appréciation personnelle dans l’évaluation de ces critères objectifs. Selon que l’on a le nez fin, la langue bien pendue, la lèvre charnue, le front reculé ou les genoux fragiles, on n’évaluera pas de la même manière la complexité d’un whisky, sa robustesse ou sa douceur.

Quant à la subjectivité, pourquoi l’envisager dans un rapport dialectique avec l’objectivité ? Ne vaudrait-il pas mieux l’intégrer dans l’échelle de pseudo-objectivité en tant que « part variable irréductible et incompressible » ? Ainsi ma dialectique initiale disparaît, et je peux raisonner dans le cadre d’une dialectique de second degré entre ma note et celle de Sacha, le concept un peu lourd de trilectique pouvant maintenant être écarté.
La question est maintenant posée beaucoup plus clairement : pourquoi Sacha a-t-il mis 19/20 à ce whisky et moi 17,5/20, chacun avec notre part variable de subjectivité intégrée dans notre échelle de pseudo-objectivité ? Si l’on admet que cette part de subjectivité ne peut pas expliquer un écart d’1,5 pt, ce que j’ai postulé dès le départ en accordant un 18/20 au Lili comme « note objective », il apparaît que la réponse à cette question est clairement hors de ma portée.
Mais tous ces développements nous auront au moins permis de faire avancer considérablement notre compréhension des choses grâce à la création d’un certain nombre de concepts brillantissimes, sans toutefois parvenir à des réponses pertinentes. Après tout, n’est-ce pas là une bonne définition du marxisme ?

Note pour ce whisky : 17,5/20 pour Vincent

Sherry
Amontillado Tio Diego Valdespino - Lundi 14 aout 2006
Benoit
- H
aha, retour aux sources avec ce xérès, qui a zoné dans des fûts où plus tard se trouvera du bon whisky ! Pour ma part, c'est le genre de boissons que j'aime beaucoup, une amertume bien sentie, des arômes de noix et de raisin confit, super.

Par contre, deux bémols à mentionner : ce n'est sans doute pas adapté à tout moment de la journée, plutôt pour un quatre heures, ou un apéro en extérieur, en tout cas pas en accompagnement de repas comme nous l'avait proposé Vincent.
Et aussi, il convient de ne vraiment pas en abuser, sous peine de sérieux problèmes le lendemain matin, trois modestes verres ayant suffi à faire s'abattre le malheur sur Sacha et moi-même... Bien remis, Sacha?
Sacha
- Grmllglmlblurp… Moi qui m’émerveillais d’avance de déguster le fruit des entrailles Xérèsiens, père des meilleurs whiskies (j’assume) j’avoue avoir été déçu. Pour cette version en tous cas, je n’hésiterai pas à déguster de nouveau une autre cuvée. Mais celle-ci, m’a laissé de marbre, le nez est correct sans plus mais la bouche est plat à moins que cela soit le contraire car en fait le seul souvenir que j’ai c’est d’en avoir été malade de 6h à 8h le lendemain matin et forcément ça plombe la note. Recalé.

Vincent
A moi de jouer, eh bien je ne suis pas le seul fautif d’avoir servi ce Xérès à mes hôtes d’un soir, puisqu’il m’avait été recommandé par Jean-Marc B. de La M****n du W****y (je laisse l’anonymat pour ne pas l’accabler). Le nez est assez sympathique mais en bouche patatras, c’est plat pour ne pas dire aqueux (et quand c’est aqueux, j’honnis). Par contre ayant l’estomac solidement accroché, je n’ai pas souffert des mêmes turpitudes digestives que mes alcoolytes, mais ce Sherry Don Diego joue plus les Zéro que les Zorro.


Ben
Nevis 1975 Mardi 8 aout 2006
Que ce soit par un temps de chien ou pendant la canicule il est toujours temps de se servir un petit whisky.
C'est vrai que ce n'est pas forcément facile quand il fait très chaud comme en ce moment sur toute la France mais le courage de la WCircus Krew est infaillible et après cette terrible journée du dimanche 9 juillet 2006, le 14 juillet m'a donné un véritable coup de boule au moral et au devoir patriotique:
Accomplir une mission périlleuse en dégustant un whisky proche des 64% à l'ombre. Un whisky de 30 ans qui pèse 63.9%, whouu, les anges ont oublié de prendre leur quote-part. Techniquement ce Ben Nevis a du vivre dans un endroit chaud genre le bureau sans clim' dans les Algecos de mes pauvres et dégoulinants collègues et évoluer lentement comme mon cerveau en ce moment.

Ben Nevis 1975 - 30 ans Signatory Vintage Cask Strength Collection 63.9% - Bourbon Barrel
Couleur or c'est dans un fût de bourbon que ce whisky à passé sa vie. Au nez, après avoir bien choisi le type de verre et attendu quelques minutes pour éviter de se prendre la chaleur de l'alcool, apparait des notes de confiture de poire, iris, pêche blanche, il est robuste mais assez complexe.
En bouche avec un filet d'eau c'est bien mieux sauf si vous envisagez de vous arracher une dent en solo. En bouche donc, c'est la grange qui prend le dessus avec des notes d'herbes sèches, foin avec un soupcon de fruits exotiques et d'iode (verte). Même avec l'ajout d'eau il reste dense en finale il ne perd rien de sa puissance face aux tirs aux buts. Bref une belle expression de Ben Nevis, 860/1000 pour Sacha.

Les enquêtes de l'inspecteur Sherry
 - Lundi 17 juillet 2006
Pourquoi des fois il y a des arômes tout bizarres dedans mon whisky ? (épisode 2 – la bouse de vache)

Suite de nos pérégrinations dans les bas-fonds aromatiques du whisky, je m’attaque cette fois-ci à la bouse de vache. Il s’agit d’un arôme que l’on retrouve parfois dans certains whiskies très fermiers, et qui, honnêtement, me fait vigoureusement saliver.
Pour ce thème, l’Inspecteur Sherry a préféré pour une fois prendre lui-même la plume. Je le laisse donc retranscrire le fruit de ses investigations (j’ai quand même assuré moi-même la traduction, je vous épargne la version anglaise du fait de la technicité du sujet).
« Plus encore que le vomi de bébé, la bouse de vache fait l’objet d’une grosse discrimination dans les commentaires de dégustation whiskiesques. Les informations ont été extrêmement difficiles à réunir, aussi en dernière instance j’ai été contraint de faire appel à un fameux moteur de recherche sur Internet.

En effet, chaque fois que j’évoquais auprès des meilleurs spécialistes la question de l’arôme de bouse de vache, les visages se fermaient, les yeux se baissaient, même les murs des chais semblaient mal à l’aise… Mais convaincu du bien-fondé de mon combat, j’ai décidé de persévérer. Et il est vrai que google nous en apprend beaucoup sur les liens qui unissent la bouse de vache et le whisky. Un petit détour par l’Inde, tout d’abord. A ma grande surprise, j’ai découvert sur la toile que la bouse de vache était le symbole des écologistes indiens.

Or, des écologistes indiens au whisky indien, l’Amrut, chacun perçoit bien qu’il n’y a qu’un pas. D’autant plus qu’en hindou, « bouse de vache » se dit « gobar », c’est-à-dire, en anglais, « va au bar ». Voilà donc un premier indice de poids : oui, bouse de vache et whisky sont intimement liés.

Plus loin encore, du côté du Japon (un autre pays whisky ! décidément tous les indices concordent…), Mayu Yamamoto, chercheuse au Centre médical international du Japon, a découvert qu’une bouse de vache cuite pendant une heure et soumise à pressurisation finit par dégager de la vanilline, le composé aromatique que l'on trouve dans les vraies gousses de vanille. Ce même composé que l’on retrouve dans les whiskies ayant vieilli en fût de bourbon ! Si ça ça n’est pas une preuve, alors je ne m’appelle pas l’Inspecteur Sherry !

Remarquez ça tombe bien puisque je n’ai pas grand-chose d’autre à me mettre sous la dent. Mais ces recherches ont amplement confirmé que whisky et bouse de vache étaient intimement liés. Cessons de rougir à cette idée ! Luttons pour que la bouse de vache redevienne honorable ! »

Voila, merci Inspecteur. Avouons qu’à l’issue de cette enquête à la limite de l’indigence, nous manquons d’informations techniques sur le pourquoi de la présence de cet arôme, mais les indices sont suffisamment concordants pour que son existence ne soit pas remise en cause. Espérons que Ces Messieurs Les Grands Pontes de l’industrie et de la distribution du whisky sauront en tenir compte…

Bunnahabhain
Single Cask 1991/2005 - samedi 08 juillet 2006
Décidément, la Wcircus Krew ne recule devant aucun sacrifice, et c'est par une chaleur torride que votre MC d'un jour vous fait part de ses impressions hautement objectives concernant le whisky suivant, en appliquant son nouveau système de notation, fruit de brainstormings acharnés, et manifestement sans faille :

Nom de la distillerie : Bunnahabhain  (4/5)
Embouteilleur : Gordon & MacPhail (3/5)
Distillé en 1991, embouteillé en 2005 (4/6)
Couleur : jolie, ambrée (5/7)
Degré d'alcool : 45° (4.5/10)
Prix : 65 E (5/9)

Nez
: Indubitablement sherry. Je regrette presque que la spécificité de bunnahabhain ne soit pas plus marquée, elle est comme masquée (10/14)
Bouche : Le mariage prend bien, le sherry très présent au début laisse petit à petit sa place au côté salin typique de la distillerie, le tout ne manque pas de pertinence (16/19)

Finale : modérément longue, elle revient fort à propos sur les deux composantes buccales susmentionnées, en les mixant allègrement, façon noisette salée (10/13)


Overall Sensation : C'est bien bon, mais c'est peut être un peu trop ce à quoi on s'attendait. Ca coute 65 Euros tout de même, pour ce prix là j'attends souvent d'un whisky un peu plus de panache que ce dont ce bunna a fait preuve. (5/9)


La somme des différentes notes partielles donne le Wcircus Ranking (WR)™   pour ce whisky : 66.5/97

Vous l'aurez remarqué, la notation n'est pas sur 100 points, il en manque 3 ; ne soyez pas surpris, c'est tout simplement dû au fait que certes la Wcircus Krew est bien consiente de la nécessaire objectivité dont il faut faire preuve pour analyser un whisky, qui trouve toute sa valeur dans ce puissant système de note, toutefois, nous n'oublions pas que la valeur d'un whisky est aussi et surtout le plaisir que l'on en retire, c'est pourquoi les deux derniers points sont consacrés au Wcircus Enjoyment Rating (WER)™, forme évoluée du plaisir retiré. Il y a quelques temps, j'aurais noté ce whisky 16.5/20, le WER™ vaut donc 2,475/3. La formule de calcul restera secrète.

Finalement, Le Wcircus Ultimate Ranking (WUR)™, somme des WR™ et WER™, vaut 68, 975/100. Et devant tant de virgules et d'acronymes, je pense qu'à l'avenir on en restera aux notes toutes simples, sans additions (16.5/20 pour ce bunna, ou 83/100, comme vous voulez...)
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Drôles de drams

Rencontres plus ou moins nocturnes autour d'un verre de whisky dans des lieux plus ou moins étranges.  Bien calés dans le canapé de luxe Ikea et nous voilà parti à la quête du St-Graal  whiskiesque..


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