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Sans doute certains s’attendaient-ils à ce
que je choisisse un autre malt – par exemple un Brora, un
vieux Clynelish ou un Ardbeg – mais j’ai
préféré cet Inchgower, ce pour plusieurs
raisons. D’abord, Inchgower fait partie de ces distilleries
obscures, qui n’attirent que peu l’attention des
amateurs. Elle n’est pas sur Islay, n’a pas
été réduite au silence lors des vagues de
fermeture des années 80, n’est que rarement
disponible en embouteillage officiel (gage de
notoriété), et est par conséquent loin
d’être un « blue chip ». Et pourtant, il
y eut de merveilleux Inchgower (et quelques versions pas
terrible-terrible, il faut bien l’avouer). Ensuite, cette
version a été distillée dans les
années 60, et Dieu sait que nombre de malts merveilleux
proviennent des années 60. Et puis, l’embouteilleur
est Italien, et les Italiens ont joué un rôle
fondamental dans l’histoire des single malts,
puisqu’ils ont été les premiers, avant les
Ecossais eux-mêmes, à chanter les louanges de ce
breuvage et à l’importer. Peut-être aussi les
premiers à fabriquer des faux, d’ailleurs. Il
s’agit aussi d’une version élevée dans
d’authentiques fûts de Xérès (sherry),
et ces derniers sont en voie de disparition. Et enfin,
l’étiquette est superbe, et montrer des costumes
d’Indiens sur une étiquette de whisky relève
d’un sens de l’innovation quelque peu
débridé. Je préfère cela à une
tête de cerf, pas vous ? Mais assez de bavardage,
dégustons maintenant cet Inchgower, si vous le voulez
bien… (désolé de ne vous offrir qu’un
plaisir par procuration – et aussi un peu de
maltopornographie, version whisky-esque de
l’oenopornographie qui sévit dans les clubs de vin
et les revues spécialisées du monde
entier.)
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Couleur : ambre profond – un vrai bijou de
grand-mère. Nez :
beaucoup de vivacité dès le début, avec un
peu de caoutchouc (chambre à air de bicyclette), typique
de beaucoup de versions « Xérès
». Ces notes un peu perturbantes disparaissent
cependant rapidement, pour laisser place à des
arômes de torréfaction, de fruits secs (gâteau
de Noël anglais ou américain) et de chocolat –
ne me demandez pas de quelle marque. Notes de praliné
chaud, de capuccino, ainsi que des touches fumées assez
marquées - Inchgower employait un malt plutôt
tourbé à l’époque. Le malt devient
ensuite assez viandé, avec des notes de gibier, de sauce
soja, de livèche (cette plante qui sent le Maggi mais dont
pas un seul gramme n’entre dans la composition), de
vinaigre balsamique (le vrai, hein, pas la catastrophe en
bouteille que l’on nous vend dans les
supermarchés)… |
Il s’agit d’un
développement très classique pour un
très bon vieux « Xérès ». Arrivent
enfin des notes résineuses, de cire d’abeille, de
ruche (à vérifier en prenant ses
précautions), de cuir fraîchement ciré,
d’oranges amères… Vraiment très bon,
notamment en raison de ces surprenantes notes fumées.
Bouche :
l’attaque est étonnamment aérienne,
dénuée de toute lourdeur. Ce n’est pas un
sherry falstaffien comme beaucoup d’autres. Certes, il y a
beaucoup de marmelade d’orange (de chez Robertson’s
!), de fruits confits, de notes de vieux rhum, de fumé,
mais aussi quelque chose d’assez vif (sucre glace) pour
équilibrer le tout. Arrivent ensuite les notes de poudre
de cacao (Van Houten bien sûr), de liqueurs de fruits
(Mandarine Impériale), de marrons glacés… Le
milieu de bouche est un tout petit peu plus faible, manquant un
peu de mâche (rien d’inquiétant
cependant)… Et enfin arrivent le classique café, le
chocolat à la liqueur, les épices à vin
chaud, le gâteau légèrement
brûlé… La
finale, quant à elle, est plutôt longue, sur
les fruits cuits, avec quelque chose de terreux. Elle est
relativement asséchante en raison des tannins qui
commencent à s’exprimer avec une vigueur toute
syndicale (pas de politique !) Pour résumer, il
s’agit d’un « sherry monster »
très typé oloroso, offrant néanmoins un bel
équilibre, un peu dans la lignée des plus anciennes
versions du Macallan Gran Reserva. Un style que chacun devrait
essayer de découvrir avant qu’il ne disparaisse
à tout jamais, englouti par l’action
conjuguée des législateurs espagnols, des compteurs
de haricots écossais et des tourbophiles du monde
entier… Ma note : 90
points (mais il aurait recueilli quelques points de plus
si la bouche avait été un peu plus « charnue
» et la finale légèrement moins
asséchante).
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